Casarès-Béjart, la rencontre au sommet de deux monstres sacrés

 

Maria Casarès par Martha Paz

Portraits : Maria Casarès par Martha Paz

Maurice Béjart

Maurice Béjart par Jacama

POURQUOI le monde de la danse devrait-il s’intéresser à Maria Casarès ? La réponse est dans le livre hommage que lui a consacré Florence M.- Forsythe en 2013 ¹ : l’une des plus grandes tragédiennes de son temps fut aussi l’une des égéries de Maurice Béjart.

Juillet 1968. Béjart, Casarès et Germinal Casado en répétition.

Juillet 1968. Béjart, Casarès et Germinal Casado en répétition.

FASCINÉ par sa voix, son énergie et son intensité hors du commun, Béjart créa pour elle et la dirigea à plusieurs reprises. « Marias Casarès, affirmait-il, est l’une des deux ou trois grandes danseuses que j’ai rencontrées dans ma vie… » ². On le sait – et le livre de Florence M.-Forsythe en rend largement compte –, le théâtre a offert à Maria Casarès des rôles qu’elle a rendus inoubliables, Lady Macbeth, Phèdre, Mary Tudor ou Médée pour ne citer qu’eux. Elle inspira nombre d’auteurs et metteurs en scène prestigieux, dont Camus – qui la surnommait l’Unique –, et Vilar, Genet, Chéreau, ainsi que des cinéastes tels Cocteau, Bresson ou Deville. Dans cet ouvrage, on apprend beaucoup sur l’actrice au travail, sa passion pour la recherche, son souci du rythme, de l’intensité, de l’exactitude et sa façon d’aborder ses rôles par le corps et le rythme plutôt que par la psychologie du personnage.

Avignon avec le Ballet du XXe siècle, cour du palais des papes,

Avec le Ballet du XXe siècle, Avignon, cour du palais des papes.

« SA GESTUELLE, son corps même, étaient extrêmement modernes », précise l’auteur. C’est peut-être aussi ce qui séduit Maurice Béjart lorsqu’il la voit en 1961 en Lady Macbeth. Chorégraphe du Sacre du printemps (1959) et de Boléro (1960), Béjart veut s’essayer à la mise en scène, un rêve d’enfance, et créer autour de l’Espagne. De son côté, Maria Casarès, fatiguée de la routine, cherche à ouvrir des possibilités pour sa carrière. Il la sollicite, elle accepte. Ce sera la rencontre de deux désirs, deux êtres d’intensité pris dans une profonde synergie autour du corporel.
« En le cernant par la rigueur chorégraphique, Béjart canalise le talent torrentiel de Casarès » ³, cette Phèdre flamenca, comme on l’appelle, et dont on compare le jeu à une transe. Tous deux avaient une vraie vision de leur art et ce livre atteste que leur collaboration n’aura pas été anecdotique : en octobre 1962 au Théâtre Hébertot, Béjart monte La Reine verte, qu’il a écrite pour Maria. AFFICHEL’actrice y évolue au côté de Jean Babilée et de la danseuse Ursula Kubler, épouse de Boris Vian, sur une musique de Pierre Henry et un texte de Béjart. Une forme de spectacle total en trois actes incluant théâtre, danse, musique et acrobaties. À Bruxelles en décembre, À la recherche de Don Juan réunit Casarès, qui dit des textes classiques espagnols du XVIe siècle, un chanteur flamenco, un guitariste, et la danseuse Tania Bari, filmés et projetés en direct sur trois écrans. En 1968 au Festival d’Avignon, à la tête du Ballet du XXe siècle, le chorégraphe donne À La recherche de…  programme composé trois ballets, Cantates, Bakhti et Sombre nuit (qu’il rebaptisera Nuit obscure par la suite). Cette dernière œuvre comporte un texte du mystique Jean de la Croix dit par Maria Casarès en archétype de déesse guerrière juchée sur des cothurnes et parée de voiles, puis métamorphosée en gitane flamenca pour finir dans le renoncement et la dépossession. De répétitions en spectacles, enrichie de souvenirs de Casarès et de Béjart interrogés par Florence M.-Forsythe, leur collaboration est ici finement et brillamment analysée. Mais c’est aussi la biographie inspirée d’une femme unique qui ne saurait se résumer à ses rôles.

© Dominique Pillette – Aventures du regard 2016

 

maria-casares une actrice de rupture1 Maria Casarès, une actrice de rupture, Actes Sud, le Temps du théâtre, 2013.
Florence M.-Forsythe, metteur en scène, comédienne et auteur a produit pour France-Culture, depuis une vingtaine d’années, différentes émissions parmi lesquelles Théâtres et Rituels ou encore des portraits, dont celui d’Anna Karina. Son dernier livre est Jacques Lacarrière, passeur pour notre temps (Le Passeur éditeur, 2015).
2
Maurice Béjart, Gaston Berger,  La mort subite (Journal intime), Séguier, 1990. 3 Antoine Livio, Béjart, éd. L’Âge d’Homme, 1970.
POINTS DE VENTE : Sur Amazon et en librairie : Le Coupe-Papier, 19, rue de l’Odéon, 75006, Paris, Le Rameau d’Or, 32 Cours Franklin-Roosevelt, 69006, Lyon.
Casarès dans Le temps fugitif.

Casarès dans «Le Temps fugitif».

Casarès et Béjart dans «La Nuit obscure» © B. Réquillart

Casarès et Béjart dans «La Nuit obscure». © B. Réquillart

«Nuit obscure» avec le Ballet du XXe siècle.

«La Nuit obscure» avec le Ballet du XXe siècle.

A propos dominiquepillette

journaliste, auteur danse, littérature, art
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